Team Adaptive à l’UTMB : s’adapter n’est pas s’assister
À l’UTMB 2026, la Team Adaptive soulève une question pour tout l’ultra-trail : avec l’assistance aux coureurs, que cherche-t-on à égaliser ?
« Un jour, nous n’aurons plus besoin de justifier l’existence de la Team Adaptive. Ce jour-là, on ne parlera plus d’inclusion ni d’adaptation, mais uniquement de coureurs et de trail. » — Boris Ghirardi
Ils étaient plusieurs à franchir l’arche de Chamonix le dernier week-end d'août 2026 sous les couleurs de la Team Adaptive. Ce qui est intéressant n’est pas la liste de leurs exploits, largement racontée ailleurs, mais tout ce qu’il a fallu construire pendant des années pour qu’ils puissent simplement prendre un départ.
UTMB 2026 : ce qui s’est passé à Chamonix
Julien Veysseyre a terminé dimanche après-midi en 44 heures et 16 minutes. Amputé tibial de la jambe droite depuis un accident du travail à dix-huit ans, il devient le premier athlète amputé à boucler l’épreuve reine de l’UTMB. Il a confié à l’arrivée qu’il ne réalisait pas encore, et l’on comprend pourquoi : il a frôlé l’abandon plusieurs fois, au point d’être à peu près certain, à un moment de la nuit, de ne pas repartir.
Fanny Barbara a terminé son deuxième UTMB. Elle court avec un poumon en moins, sans aucune rallonge de barrière horaire, ce qui l’oblige à une précision de gestion que peu de coureurs valides imaginent. Je l’accompagne depuis plusieurs années, et c’est de là que je parle.
D’autres encore étaient sur les sentiers cette semaine, avec chacun ses contraintes, son matériel, ses adaptations.
Ce qui les relie n’est pas une catégorie, et surtout pas un statut. C’est qu’aucun d’entre eux n’aurait pu partir si le règlement, l’organisation et probablement le regard de pas mal de monde n’avaient pas bougé avant eux. Cette histoire-là a mis des années à s’écrire, elle est bien moins racontée que les arrivées, et elle me semble largement plus instructive.
Team adaptive : ce qu’il a fallu construire
La Team Adaptive n’est pas née d’une intention généreuse, elle est née d’un problème concret.
Des coureurs que Boris Ghirardi décrit comme « limités sur le papier » se retrouvaient chacun de leur côté à résoudre les mêmes questions, sans jamais pouvoir mutualiser quoi que ce soit : comment gérer les frottements d’un manchon prothétique sur trente heures, quoi emporter quand le matériel médical prend déjà la moitié du sac, comment tenir une autonomie alimentaire quand la contrainte physiologique n’est pas celle de tout le monde. Chacun bricolait dans son coin. Et personne ne pesait grand-chose face aux organisateurs.
Le premier apport de la team est donc trivial et décisif : mettre ces gens en relation, pour qu’ils cessent de réinventer chaque solution.
Le second est d’un autre ordre. Avec David Poletti, responsable des opérations de l’UTMB Mont-Blanc, Boris a engagé un travail que je trouve remarquable et dont on ne parle jamais, parce qu’il ne se photographie pas : réécrire des lignes de règlement.
Il a fallu autoriser la présence d’un guide sans que celle-ci constitue une assistance illégale, ce qui n’allait pas de soi sur une épreuve dont le principe fondateur est la semi-autonomie. Il a fallu prendre en compte des sacs contenant du matériel médical spécifique, alors que le contenu du sac est précisément ce que les commissaires vérifient. Il a fallu aménager les contrôles au départ.
Chacune de ces adaptations paraît minuscule vue de l’extérieur. Prises ensemble, elles reviennent à modifier la définition de l’équité sur cette course, ce qui est une décision autrement plus lourde qu’un geste symbolique.
C’est le premier point que je voulais poser. On raconte volontiers les exploits parce qu’ils sont spectaculaires. On ne raconte jamais les années de discussions, de refus, de compromis et de rédaction qui les ont rendus possibles. Or c’est là que le travail a réellement eu lieu.
Le paradoxe de l’assistance
Il y a dans tout cela quelque chose qui devrait faire sursauter quiconque a lu mon article précédent.
Julien Veysseyre n’a pas couru seul. Il a couru avec cinq accompagnants, plus son frère en remplaçant, qui se relayaient au fil des heures pour que la personne à ses côtés soit toujours lucide et disponible. Leur mission comprenait le portage de sa prothèse.
Posons la chose franchement, sans chercher à l’arrondir. En Europe, la semi-autonomie n’est pas un détail technique, c’est le principe fondateur de l’épreuve, et se faire accompagner hors des zones autorisées vaut une pénalité. Kilian Jornet en avait fait les frais dès 2008. Or ici, cet accompagnement devient la condition même de la participation.
Comment tient-on les deux ensemble ?
La première réponse, celle que je trouve la plus solide, est qu’il ne s’agit pas d’assistance mais de compensation. Le guide ne court pas à la place de l’athlète, il ne le tracte pas, il ne décide pas pour lui. Il rétablit une condition de départ que la nature ou un accident a supprimée. Nicolas Ronget, coureur malvoyant, en donne la formulation la plus juste que j’aie lue : courir avec un guide, ce n’est pas être assisté, c’est prêter ses yeux.
La distinction n’est pas rhétorique. Elle porte sur ce que l’aide remplace. Un accompagnant qui apporte des forces que le coureur n’a plus peut fausser la course. Un guide qui apporte une information visuelle que le coureur ne peut pas capter la rend simplement possible.
Reste que la frontière ne se décrète pas, elle se construit au cas par cas, et c’est un travail permanent. Le docteur Anthony Costa, membre de la commission médicale de l’UTMB, situe exactement là sa mission : faire en sorte que les dispositifs, prothèses, capteurs, tuteurs, garantissent la sécurité vitale de l’athlète sans lui offrir d’avantage sportif. Personne ne peut prétendre que cette ligne est tracée une fois pour toutes.
Ce que je retiens de tout cela, c’est un déplacement de la question.
J’écrivais dans mon dernier article que le débat sur l’assistance oppose habituellement l’autonomie et l’aide, chaque camp défendant sa conception de ce qu’est un effort authentique. La Team Adaptive montre que cette opposition passe à côté de l’essentiel. La vraie question n’est pas de savoir combien d’aide on tolère. Elle est de savoir ce que l’on cherche à égaliser, et cette question-là, nous ne nous la sommes jamais posée pour les coureurs valides.
La charge mentale du guide
Je terminais mon article précédent en signalant un angle mort. La recherche sur l’ultra a exploré la physiologie, la nutrition, le sommeil, les stratégies attentionnelles, mais elle n’a rien produit sur l’expérience de celui qui accompagne, comme si cette personne n’était qu’un décor.
Ici, l’angle mort devient impossible à esquiver.
Prenons le cas de Nicolas Ronget et de Julien Declercq. Le premier est un coureur malvoyant, le second est son guide attitré. Ils courent reliés par une cordelette ou par un bâton, et tout ce que l’un ne voit pas, l’autre doit le lui transmettre à voix haute, au bon moment, dans les bons termes.
Julien Declercq décrit une concentration qui ne se relâche jamais : anticiper chaque caillou, chaque racine, chaque changement de déclivité, et recommencer pendant des heures. Sa conclusion mérite d’être prise au sérieux plutôt que reçue comme une formule : le guide dépense autant d’énergie mentale qu’un athlète en performance chronométrique.
Ce n’est pas de l’encouragement, ni du soutien moral. C’est un transfert de fonction. Le guide ne fait pas la course à la place de l’autre, mais il perçoit à sa place, et la perception est probablement la fonction la plus coûteuse de toutes.
C’est la cognition distribuée dont je parlais le mois dernier, poussée à son point extrême. Chez un accompagnant ordinaire en base de vie, ce transfert reste partiel et intermittent. Chez un guide, il est total et continu.
Et l’équipe de Julien Veysseyre en donne, sans le dire, la meilleure confirmation. Cinq personnes, plus un remplaçant, se relayant pour que celle qui se trouve à ses côtés reste lucide. On n’organise pas une rotation pour porter un sac. On organise une rotation parce qu’on sait que la ressource s’épuise.
D’où la question que je pose maintenant, et je ne l’avais pas vue venir. Si un guide s’épuise mentalement autant que le coureur qu’il accompagne, comment le prépare-t-on ?
À ma connaissance, personne ne le fait sérieusement. On sélectionne des guides sur leur niveau physique et leur fiabilité, ce qui est indispensable mais insuffisant. On ne les prépare ni à la fatigue attentionnelle, ni à la gestion de leur propre doute, ni à ce moment très particulier où c’est le guide qui n’y croit plus et doit continuer à parler d’une voix posée.
Il y a là un chantier entier, et c’est précisément celui sur lequel nous travaillons à l’ISMe.
Un détail qui n’en est pas un
Un point m’a arrêté dans les entretiens donnés après l’arrivée. À certains moments de sa course, Julien Veysseyre n’avait besoin de rien d’autre que de silence pour se concentrer et récupérer.
Ceux qui ont lu mon article précédent verront tout de suite pourquoi cette phrase m’a intéressé. Le silence dont il parle n’est pas une absence de bruit, c’est une absence de sollicitation, et c’est probablement ce dont il disposait le moins pendant ces quarante-quatre heures : quand on court entouré de cinq personnes qui se relaient, il y a toujours quelqu’un à côté de soi.
J’y vois une confirmation utile. Le besoin de retrait n’est pas un luxe de coureur contemplatif, c’est une nécessité fonctionnelle, et elle se manifeste avec d’autant plus de force que l’entourage est présent.
Cela pose au passage une vraie question pour l’accompagnement adapté. Si le guide est indispensable à la sécurité et à la performance, comment ménage-t-on malgré tout des plages où l’athlète n’a plus personne à qui répondre ? Je n’ai pas de réponse. Je note simplement que ceux qui accompagnent depuis longtemps semblent l’avoir compris d’instinct.
Je retrouve la même chose chez Fanny, sous une autre forme. Ce qu’elle va chercher dans les longues portions de montagne, c’est un espace où l’essentiel redevient lisible, où il n’y a plus que le souffle, l’allure et la décision suivante. Elle a traversé des passages difficiles pendant cette course, et j’ai pu m’en rendre compte de loin. Ce qui m’a frappé, c’est que le silence n’a jamais été pour elle une fuite. Il a servi à faire le tri, puis à repartir.
C’est peut-être là, d’ailleurs, ce que ces coureurs ont en commun. Pas une capacité à souffrir davantage que les autres. Une capacité à retrouver, dans les moments où plus rien ne fonctionne comme prévu, l’endroit d’où l’on peut encore décider.
Visible, invisible ?
Il y a une hiérarchie implicite dans la manière dont nous regardons ces coureurs, et elle tient à peu de chose : ce qui se photographie.
Une lame de course se photographie. Une cordelette de guidage aussi. Un capteur de glucose, à la rigueur, si l’on cadre serré. Ce sont ces images qui circulent, qui émeuvent le public et qui font les reportages. Elles ne sont pas fausses. Elles sont simplement très partielles.
Car l’essentiel du travail ne se voit pas.
Benoît Hoet, ultra-traileur diabétique de type 1 et finisher de l’UTMB, passe trente à quarante heures à réajuster en permanence son apport en glucides et son débit d’insuline, en naviguant entre deux dangers de nature différente : l’hypoglycémie, qui menace immédiatement, et l’hyperglycémie, dont les conséquences arrivent plus tard mais arrivent quand même. Cette gestion, il la mène en parallèle de la course, pas à sa place.
Fanny réapprend un souffle avec un seul poumon, et surtout gère ses barrières horaires au ratio près, puisqu’elle ne bénéficie d’aucune rallonge de temps. Dans les grands cols, sa marge d’erreur est plus étroite que celle de la plupart des coureurs autour d’elle.
Aurélie Thaumoux-Crozat, athlète sourde, finisher de la MCC, court privée d’un canal que les autres ne remarquent même pas qu’ils utilisent. Sur un sentier, l’ouïe est ce qui prévient d’un coureur qui déboule dans une descente, d’une pierre qui part au-dessus, d’un orage qui change de direction. Toute cette veille, elle doit la reconstruire avec les yeux…
Aucune de ces trois choses ne fait une belle photo.
Et il existe encore une catégorie dont on ne parle pratiquement jamais, celle des handicaps psychiques et cognitifs. Troubles anxieux, troubles de l’attention, troubles du spectre autistique, séquelles de traumatisme. Ceux-là ne se voient pas, ne se déclarent pas, n’ouvrent droit à aucune adaptation, et je fais l’hypothèse qu’ils sont bien plus nombreux sur une ligne de départ que l’ensemble des handicaps visibles réunis.
Je pose la question sans avoir la réponse, et je crois qu’il vaut mieux la poser mal que pas du tout. Une course peut-elle s’adapter à ce qu’elle ne peut pas constater ? Je n’en sais rien. Mais on peut au moins commencer par en parler, et par cesser de supposer que tous ceux qui prennent le départ arrivent avec les mêmes ressources intérieures.
Ce qu’ils ne demandent pas
Il faut maintenant dire un mot du regard que nous portons sur tout cela, parce qu’il est presque toujours mal réglé.
Lors de l’émission, en podcast, consacrée au trail inclusif sur Distances+, Nicolas Fréret avait posé la règle du jeu d’entrée : il s’agit de parler de sport, de contraintes physiques réelles, d’adaptation, d’échecs et de matériel, pas de dérouler une séquence de compassion. La ligne est simple à énoncer et beaucoup plus difficile à tenir, y compris pour moi en écrivant ces lignes.
Boris Ghirardi va plus loin, et sa position est la plus utile de tout ce que j’ai lu sur le sujet. Il refuse les deux regards que la société pose habituellement sur les personnes handicapées : les ignorer, ou les transformer en héros à chaque pas. Les deux se ressemblent davantage qu’on ne le croit. Dans les deux cas, on ne voit pas la personne, on voit son handicap, en négatif ou en positif.
Il en tire une distinction qui vaudrait à elle seule un article entier : je ne suis pas handicapé, j’ai un handicap. La nuance n’est pas de vocabulaire. Elle décide de ce qui définit quelqu’un et de ce qui n’en est qu’une composante.
Ce que Boris demande n’est donc pas de l’admiration. C’est qu’on regarde la personne, qu’on écoute son projet, et qu’on crée les conditions pour qu’elle puisse le tenter. Rien de plus, mais rien de moins non plus.
Et il fixe l’horizon lui-même, avec une phrase que je trouve très juste : un jour, il n’y aura plus besoin de justifier l’existence de la Team Adaptive, et l’on parlera simplement de coureurs et de trail.
Autant dire que la réussite de ce projet se mesurera au moment où il deviendra inutile.
Ce que cela nous apprend du mental
J’en arrive à ce qui m’occupe depuis le début de cet article.
Boris Ghirardi donne du mental une définition dans laquelle je me reconnais entièrement, et qu’il formule mieux que je ne l’ai jamais fait. Le mental, dit-il en substance, n’est pas la capacité à tout supporter. Ce n’est pas se répéter que tout va bien quand tout va mal, ni une manière élégante d’ignorer la peur, la fatigue ou la douleur. C’est la capacité à observer ce qui se passe, à distinguer les faits de ce que l’on projette, puis à décider de l’action la plus juste. Parfois continuer. Parfois ralentir, demander de l’aide, changer d’objectif, ou s’arrêter.
Cette définition ne vient pas d’un théoricien. Elle vient d’un homme à qui les médecins ont expliqué, après un épisode médical grave survenu à l’effort, que continuer à courir pouvait mettre sa santé en danger, et qui a dû renoncer à une partie importante de ce qu’il avait reconstruit. Il s’est tourné vers le vélo, qu’il connaissait peu, et il a traversé les Grandes Alpes. Le vélo n’a pas remplacé la course. Il lui a donné une autre façon d’avancer.
C’est exactement ce que nous appelons la troisième voix avec Cyril Blanchard. Ni celle qui ordonne d’arrêter, ni celle qui exige de continuer coûte que coûte. Celle qui observe, comprend et choisit.
Julien Veysseyre en offre une illustration presque parfaite. Il a frôlé l’abandon plusieurs fois et il a confié après coup qu’à un moment il était pratiquement certain de ne pas repartir. Il est reparti quand même, et il a terminé. Ce qui compte ici n’est pas qu’il ait tenu. C’est qu’entre ces deux moments, il y a eu autre chose qu’un sursaut d’orgueil : une évaluation, une décision, un choix repris.
Ce qui m’amène à une hypothèse que je pose sérieusement.
L’adaptation au handicap est peut-être le meilleur laboratoire de préparation mentale qui existe. Elle oblige à faire explicitement, et devant témoins, ce que la plupart des athlètes font implicitement et mal : évaluer ses ressources réelles plutôt que celles qu’on aimerait avoir, renoncer à ce qui ne fonctionne plus sans renoncer au projet, et reconstruire un plan sans perdre ce qui lui donnait du sens.
Autrement dit, ces coureurs ne sont pas des cas particuliers dont on tirerait de l’inspiration. Ce sont des praticiens avancés de quelque chose que nous cherchons tous à faire.
Ce que nous engageons au sein de l’ISMe
Ce n’est pas un hasard si j’écris cet article maintenant.
Boris Ghirardi rejoint l’ISMe comme expert, et nous souhaitons lui donner une place structurante sur le versant mental de nos missions. Il ne vient ni comme théoricien, ni comme exemple à reproduire. Il apporte autre chose, et il le dit mieux que je ne le ferais : l’expérience d’un accident qu’il n’a pas choisi, d’une reconstruction qui n’a rien eu de linéaire, et de décisions qu’il a fallu prendre alors qu’aucune option n’était parfaite. Il apporte aussi une exigence dont nous avons besoin : ne pas raconter des histoires trop simples, ne pas confondre courage et inconscience, et ne pas faire croire qu’une pensée positive résout quoi que ce soit.
L’ouvrage La Troisième Voix, que nous proposons avec Cyril Blanchard à partir de douze témoignages, paraît le 8 septembre. Boris y figure, et ce que vous venez de lire lui doit beaucoup.
Les bénéfices du livre seront intégralement reversés à Level Up. Ils participeront au financement de 2 lames pour les athlètes parrainés par l'association.
Level Up est l’association fondée par Boris. Elle accompagne des personnes amputées vers davantage d’autonomie et vers une pratique sportive, sans hiérarchie entre un jeune qui vise les Jeux paralympiques et un grand-père qui veut retourner ramasser des champignons en forêt. Concrètement, cela finance des accompagnements, du matériel adapté, des prothèses.
C’est le seul endroit de cet article où je vous demande quelque chose : allez voir ce qu’ils font, sur levelup-asso.com.
Et je reprends pour finir une phrase de Boris, parce qu’elle dit exactement ce que nous cherchons à faire, à Level Up comme à l’ISMe : ouvrir une porte ne signifie pas la franchir à la place de quelqu’un.
Pour finir…
Ce que je retiens de cette semaine n’est pas une liste de chronos.
C’est qu’il a fallu des années de discussions, de refus, de compromis et de lignes de règlement réécrites pour que quelques coureurs puissent simplement se présenter sur une ligne de départ. Ce travail-là ne se photographie pas, personne ne l’applaudit à l’arche, et c’est pourtant lui qui a rendu le reste possible.
Deux questions me restent, et je les laisse ouvertes parce que je n’ai pas de quoi les refermer.
Nous avons accepté d’adapter une règle pour rendre possible ce qui paraissait impossible. Qu’est-ce que cela dit de toutes celles que nous n’avons jamais interrogées, et que nous continuons à traiter comme des évidences ?
Et puis celle-ci, qui me suit depuis que j’ai commencé à écrire cet article. Sur une ligne de départ de deux mille personnes, combien portent quelque chose qui ne se voit pas, dont ils n’ont parlé à personne, et pour quoi aucune adaptation n’existe ?
Références et pour aller plus loin
Podcast
La Bande à D+, le talk-show du trail et de l’ultra animé par Nicolas Fréret, produit par le média Distances+. L’émission consacrée au trail inclusif réunissait Boris Ghirardi, David Poletti, Julien Veysseyre, Nicolas Ronget et Julien Declercq, Fanny Barbara, Aurélie Thaumoux-Crozat et Sophie Thueux, Benoît Hoet, Ludovic Collet et le docteur Anthony Costa.
Les associations et les athlètes
Level Up, association fondée par Boris Ghirardi, accompagne les personnes amputées vers l’autonomie et la pratique sportive. levelup-asso.com
Julien Veysseyre, para-athlète en trail running, champion du monde de cross-triathlon 2023. julienveysseyre.fr
Team Adaptive, UTMB Mont-Blanc. montblanc.utmb.world
La couverture de l’UTMB 2026
France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, « UTMB : l’Auvergnat Julien Veysseyre est le premier athlète amputé à terminer la course », 30 août 2026.
Règlement 2026, HOKA UTMB Mont-Blanc, notamment les dispositions sur la semi-autonomie et l’assistance personnelle. montblanc.utmb.world
Ouvrages
Blanchard, C., & Lacroix, É. (2026). La Troisième Voix. 12 trajectoires pour explorer le mental de l’ultra-endurance. Parution le 8 septembre. Les bénéfices sont reversés à Level Up. mentalendurance.fr/la-troisieme-voix
Canguilhem, G. (1966). Le Normal et le Pathologique. Presses universitaires de France.

